le Merle rouge, chanson sociale et révolutionnaire


Auguste Blanqui

Avis au peuple


(le toast de Londres)

10 février 1851


Ce qu'on appelle le Toast de Londres est un texte que Blanqui fit parvenir à Londres depuis sa prison de Belle-Ile, en réponse à une demande de toast pour le banquet du 24 février 1851, anniversaire de la révolution de 1848.

Voici l'histoire de ce toast racontée par Engels dans une lettre à Ernst Dronke (Genève) du 9 juillet 1851.

L’affaire du toast de Blanqui. En tant que blanquiste déclaré, Barthélémy transmit à Blanqui une demande de toast et Blanqui répondit obligeamment par une splendide attaque contre le gouvernement provisoire en entier, Blanc et compagnie inclus. Abasourdi, Barthélémy le soumit au comité qui décida de le passer sous silence. Blanqui, cependant, connaissait son monde, le toast fut publié dans les journaux parisiens [le 27 février 1851] de façon à coïncider avec le banquet et pratiquement gâcher son effet. Ce petit escroc hypocrite de L. Blanc, affirme maintenant dans le Times, comme l’a fait le comité – Willich, Schapper, L. Blanc, Barthélémy, Vidil, etc. – dans La Patrie, qu’ils ne savaient absolument rien au sujet du toast. La Patrie, cependant ajouta un commentaire selon lequel, à ses demandes de renseignements, le beau-frère de Blanqui, Antoine, avait déclaré avoir envoyé le toast à M. Barthélémy et était en possession d’une reconnaissance de ce dernier – un des cosignataires de la déclaration. Sur ce Barthélémy déclara qu’il reconnaissait les faits, qu’il en acceptait l’entière responsabilité, qu’il avait menti, qu’il avait reçu le toast mais que, dans l’intérêt de la concorde, il l’avait gardé secret. Malheureusement, cependant, l’ex-capitaine de dragons [en français dans le texte] Vidil déclara dans le même temps qu’il souhaitait tout confesser : le toast avait été soumis par Barthélémy au comité et c’est ce dernier qui avait pris la résolution de ne pas le rendre public. Peut-on imaginer plus affreux fiasco pour toute la bande ? Nous avons traduit le toast en allemand et en avons distribué 30 000 copies en Allemagne et en Angleterre.


Le toast de Londres

Quel écueil menace la révolution de demain ?

L'écueil où s'est brisée celle d'hier : la déplorable popularité de bourgeois déguisés en tribuns.

Ledru-Rollin, Louis Blanc, Crémieux, Lamartine, Garnier-Pagès, Dupont de l'Eure, Flocon, Albert, Arago, Marrast ! Liste funèbre ! Noms sinistres, écrits en caractères sanglants sur tous les pavés de l'Europe démocratique. C'est le gouvernement provisoire qui a tué la Révolution. C'est sur sa tête que doit retomber la responsabilité de tous les désastres, le sang de tant de milliers de victimes.

La réaction n'a fait que son métier en égorgeant la démocratie.

Le crime est aux traîtres que le peuple confiant avait acceptés pour guides et qui l'ont livré à la réaction.

Misérable gouvernement ! Malgré les cris et les prières, il lance l'impôt des 45 centimes qui soulève les campagnes désespérées, il maintient les états-majors royalistes, la magistrature royaliste, les lois royalistes. Trahison ! Il court sus aux ouvriers de Paris ; le 15 avril, il emprisonne ceux de Limoges, il mitraille ceux de Rouen le 27 ; il déchaîne tous leurs bourreaux, il berne et traque tous les sincères républicains. Trahison ! Trahison ! A lui seul, le fardeau terrible de toutes les calamités qui ont presque anéanti la Révolution.

Oh ! Ce sont là de grands coupables et entre tous les plus coupables, ceux en qui le peuple trompé par des phrases de tribun voyait son épée et son bouclier; ceux qu'il proclamait avec enthousiasme, arbitres de son avenir.

Malheur à nous, si, au jour du prochain triomphe populaire, l'indulgence oublieuse des masses laissait monter au pouvoir un de ces hommes qui ont forfait à leur mandat ! Une seconde fois, c'en serait fait de la Révolution. Que les travailleurs aient sans cesse devant les yeux cette liste de noms maudits ! Et si un seul apparaissait jamais dans un gouvernement sorti de l'insurrection, qu'ils crient tous, d'une voix : trahison ! Discours, sermons, programmes ne seraient encore que piperies et mensonges ; les mêmes jongleurs ne reviendraient que pour exécuter le même tour, avec la même gibecière ; ils formeraient le premier anneau d'une chaîne nouvelle de réaction plus furieuse ! Sur eux, anathème, s'ils osaient jamais reparaître !

Honte et pitié sur la foule imbécile qui retomberait encore dans leurs filets !

Ce n'est pas assez que les escamoteurs de Février soient à jamais repoussés de l'Hôtel de Ville, il faut se prémunir contre de nouveaux traîtres.

Traîtres seraient les gouvernements qui, élevés sur les pavois prolétaires, ne feraient pas opérer à l'instant même :

1° - Le désarmement des gardes bourgeoises.

2° - L'armement et l'organisation en milice nationale de tous les ouvriers.

Sans doute, il est bien d'autres mesures indispensables, mais elles sortiraient naturellement de ce premier acte qui est la garantie préalable, l'unique gage de sécurité pour le peuple. Il ne doit pas rester un fusil aux mains de la bourgeoisie. Hors de là, point de salut.

Les doctrines diverses qui se disputent aujourd'hui les sympathies des masses, pourront un jour réaliser leurs promesses d'amélioration et de bien-être, mais à la condition de ne pas abandonner la proie pour l'ombre.

Les armes et l'organisation, voilà l'élément décisif de progrès, le moyen sérieux d'en finir avec la misère.

Qui a du fer, a du pain.

On se prosterne devant les baïonnettes, on balaye les cohues désarmées. La France hérissée de travailleurs en armes, c'est l'avènement du socialisme.

En présence des prolétaires armés, obstacles, résistances, impossibilités, tout disparaîtra.

Mais, pour les prolétaires qui se laissent amuser par des promenades ridicules dans les rues, par des plantations d'arbres de la liberté, par des phrases sonores d'avocat, il y aura de l'eau bénite d'abord, des injures ensuite, enfin de la mitraille, de la misère toujours.

Que le peuple choisisse !


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